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A Notre-Dame de Paris


Ce soir-là devant la télévision que je regarde par habitude, ce qui ne veut pas dire que je n’aime pas la regarder au contraire,  je sais que chaque image que je vois me fera quelque chose de bien, ou de mal, peu importe , mais ce soir-là je ne savais pas que les images que j’allais découvrir me brûleraient les yeux et le cœur.

On annonce, et on montre : Notre-Dame de Paris est en feu. On voit les flammes vouloir danser comme Esméralda autour d’elle. Elles s’agitent, remuent dévergondées, s’élèvent comme des serpents charmés mais dangereux, sortent leurs langues ardentes et vénéneuses, elles sont visiblement décidées à anéantir, détruire Notre-Dame. Sa célèbre flèche s’embrase et s’écroule, là devant moi, dans cette lucarne, je vois ça. Est-ce possible ? Parfois mon imagination m’emmène où la lucarne n’a pas su ou pu m’emmener mais là c’est pire, ce que je vois est bien réel, atrocement réel. 

La télé montre crûment et sans détours la cathédrale Notre-Dame de Paris en proie à un gigantesque incendie. Les commentaires m’arrivent comme des lames de fond que je prends en pleine  face, me font dériver avec ce bâtiment merveilleux qui sombre dans leurs explications que je n’écoute pas.

Seule l’image du naufrage me subjugue. Les pompiers se démènent, font preuve de sang-froid, de courage et de grande maîtrise, cela me rassure et non, derrière mon écran de fumée, de buée, car je porte des lunettes, et les verres sont un peu mouillés et cela me gêne, je suis obligée de les essuyer, un temps qui échappe à ma surveillance. Ma pauvre surveillance !

Je ne peux rien faire d’autre que scruter la moindre flammèche et crier de ma chambre, « là, attention ! » tandis que le diable ricane et danse avec les flammes qui lui rappellent ses étendards qu’il se plaît à brandir. Je l’entends moi son rire faire craquer la charpente séculaire. Mais c’est sans compter que Dieu est toujours proche du diable ! Que depuis longtemps ils se livrent bataille comme des frères ennemis, que l’un ne peut exister sans l’autre. 

Dieu sera le plus fort ce soir, parfois c’est bien. Pour Notre-Dame, il va se battre et vaincre. Les lances à incendie vont noyer le diable et le faire taire. D’accord il fait sombre tout à coup, la façade intacte est ténébreuse, fragile, douloureuse mais elle domine vaillante et méfiante de ses deux tours, comme deux tours de guet, l’Île de la Cité et Paris. Quasimodo chante à nouveau sur son parvis.


Agnès Siegwart

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